Lu pour vous: Vahnivax: Abus de pouvoir? (Sida)

31 décembre 2003 (Transversal)

        Au Cameroun, le Vanhivax défraie la chronique depuis deux ans. Ce soit-disant vaccin thérapeutique contre le VIH a été mis au point par le professeur Victor Anomah Ngu, ancien ministre de la Santé, enseignant à la faculté de Médecine et des sciences biomédicales et directeur de la clinique de l’Espoir à Yaoundé. Selon son promoteur, cet autovaccin, fabriqué à partir du virus du malade à traiter, aurait déjà permis à des centaines de personnes de redevenir séronégatives.

        Si l’annonce du Vanhivax avait été faite par un inconnu, on aurait pu classer son inventeur parmi les multiples charlatans qui ont trouvé dans le sida un terrain idéal pour arnaquer les malades. Mais cette découverte vient d’une grande personnalité du monde politique et scientifique camerounais. Cet élément suffit peut-être à expliquer le déferlement médiatique autour du Vanhivax, chaque journal y allant de son analyse, mêlant patriotisme, méconnaissance des réalités scientifiques et rancoeur contre l’Occident, accusé d’être le seul vrai responsable de la situation actuelle des malades du sida sur le continent africain. Même les médias officiels, la radio nationale en particulier, ont contribué (consciemment ou non) à promouvoir le Vanhivax.

        En novembre 2002, une convention entre le Pr Anomah Ngu et le ministère de la Santé publique a été signée au cours d’un show médiatique à la télévision nationale. « Je suis content et très fier que mes travaux soient enfin reconnus par le gouvernement », a déclaré l’auteur du « candidat vaccin » à la presse au lendemain de cette signature. En réalité, les responsables des pouvoirs publics parlent de « fourniture de moyens financiers, logistiques et humains pour améliorer la poursuite des recherches ».

        Le grand public continue à croire qu’on guérit le sida à la clinique de l’Espoir. Tout discours contraire est considéré par certains comme un acte de sabotage, destiné à ruiner les travaux de l’éminent professeur et à favoriser la vente des médicaments des « Blancs », les antirétroviraux. Sans éthique. On doit pourtant se placer dans une perspective éthique pour analyser les travaux du Pr Anomah Ngu.

        En recherche, pour mener un essai clinique, il faut préparer un protocole et le soumettre à un comité d’éthique. Jusqu’à ce jour, il n’existe pas de protocole et le comité national d’éthique n’a délivré aucun avis sur le Vanhivax, ce qui pose la question de la protection des « participants » à cet essai.

        L’actualité du Vanhivax remet au goût du jour les propos entendus lors de la 10e conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique, qui a eu lieu à Abidjan (Côte d’Ivoire). Certains malades y avaient déclaré qu’ils étaient soumis à des traitements dont ils ignoraient tout. Ils avaient été suivis par le Pr Anomah Ngu, qui leur prélevait du sang et le leur réinjectait sans leur expliquer quoi que ce soit. Pourtant, l’information des patients est un principe cardinal de l’éthique de la recherche.

        De plus, comment se fait-il que les patients paient pour avoir accès au traitement et aux examens complémentaires ? S’il s’agit réellement d’un projet de recherche, ces dépenses devraient être supportées par le programme. Le responsable local de Médecins sans frontières suisse confirme que des milliers de personnes ont été « vaccinées » et que de nombreux malades affirment avoir déboursé une somme non négligeable.

        Sans oppositions. L’impact social et sanitaire du Vanhivax mérite également d’être souligné. La dérive médiatique au sujet de ce « vaccin » a poussé les personnes sous antirétroviraux à abandonner leurs médicaments pour se diriger vers la clinique de l’Espoir, ce qui a déclenché en son temps la colère des responsables de certains centres de traitement agréés et d’encadrement des personnes atteintes par le VIH, dont l’hôpital de jour de l’hôpital central de Yaoundé. Un mémorandum a d’ailleurs été adressé au ministre de la Santé pour dénoncer « la publicité excessive et incontrôlée sur des médicaments censés guérir le sida ».

        En aparté, les voix s’accordent à reconnaître que la recherche sur le Vanhivax est un projet « bancal ». D’après certaines sources, le Vanhivax serait même classé par le ministère de la Santé publique camerounais dans la catégorie des recherches effectuées par les tradipraticiens, en raison de l’absence de protocole élaboré selon les règles de l’art.

        Comment expliquer alors que pour un projet aussi controversé les pouvoirs publics, les instances sanitaires, les chercheurs et les médecins observent une passivité déconcertante ? La haute stature de l’investigateur l’absoudrait-elle de tout contrôle et de toute critique ?

Quelques conseils aux personnes atteintes par le VIH pour reconnaître un charlatan (qu’il soit tradipraticien ou médecin diplômé)

– Ne jamais faire confiance à une personne qui affirme que votre maladie (le sida) a été provoquée par un ennemi, des génies ou des esprits mauvais. Le sida est dû à un virus, le VIH ;

– Ne pas croire celui qui prétend guérir le sida avec des plantes, des potions, des prières ou de la magie. Les seuls médicaments qui contrôlent l’évolution de la maladie sont les antirétroviraux, et ils n’éliminent jamais le virus de l’organisme ;

– Refuser de verser des sommes d’argent importantes pour un remède soi-disant miracle ;

– Se méfier d’un tradipraticien ou d’un médecin qui a une pratique exclusive, qui refuse que vous alliez consulter d’autres médecins. Pour les personnes sous antirétroviraux : n’arrêtez pas votre traitement même si un praticien vous le conseille, sauf s’il s’agit du médecin prescripteur et que cela s’impose.

Photos


Victor Anomah Ngu : charlatan ou chercheur du siècle ?

Victor Anomah Ngu : charlatan ou chercheur du siècle ?

Documents joints

Dossier de la revue Transversal sur le charlatanisme (abus, escroquerie, faux traitements, etc.) (PDF, 213.6 ko)

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Commentaires (1)

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