TRADITION AFRICAINE ET BONNE GOUVERNANCE

Par KOM Bernard,

Chercheur Indépendant,

         Secrétaire Général national du PEA48,

Douala-Cameroun

       

          En ces dernières années d' ébullition démocratique sur le continent africain, l'un des objectifs majeurs que se  fixent nos États est bel et bien celui d'instaurer la bonne gouvernance, gage d'une véritable amélioration du quotidien des populations africaines.

          Sur le plan étatique, la mise en œuvre de cette politique peut se matérialiser progressivement par la nomination de l'homme qu'il faut,  à la place qu'il faut, et pendant le temps qu'il faut. Aussi, elle peut solliciter des responsables postulants à certains hauts postes de responsabilités, qu'ils viennent d'emblée à prêter publiquement le serment d'Hippocrate

          Mais malgré ces deux considérations, ajoutées au fait que l'argent et la politique sont de nos jours au-dessus de la loi, l'on n'a pas l'impression que l'implantation de la bonne gouvernance en Afrique ait de beaux jours devant elle. Si la rectitude morale tend de plus en plus à foutre le camp, si les responsables trahissent leurs serments sans conséquences graves, si la justice moderne semble loin de pouvoir dissuader les détourneurs de fonds publics, alors il serait peut-être temps que l'on recoure à une solution plus forte, car préserver la fortune publique contre les dirigeants indélicats est un noble devoir régalien.

          Autant les pays d'Asie, dont la Chine, le Japon et l'Inde, ont dû composer avec leurs traditions pour accéder à leurs rangs actuels, autant l'Afrique peut puiser dans ses valeurs ancestrales pour asseoir durablement et quasi définitivement l'esprit de bonne gouvernance. Et comment ?

          Il y a plus ou moins longtemps, lorsque nos ancêtres avaient le souci de la vérité et de la transparence dans un contexte donné, ils avaient purement et simplement recourt à l'épreuve du Cadi: une sorte de rituel public auquel devaient être soumises toutes les personnes impliquées dans une affaire précise, et dont la sentence, intransigeante et impartiale est généralement la mort.

          Afin d'indiquer comment intégrer la donne du cadi dans la gouvernance quotidienne dans nos pays, en voici une application à un projet communautaire, par exemple.

COMMENT MENER A BIEN UN PROJET COMMUNAUTAIRE

1- Évaluation du coût du projet:

          L'on peut solliciter deux ou trois experts différents, puis on fait ensuite la moyenne (a+b+c)/3 de leurs propositions respectives a, b, et c. Autrement, des fils de la localité peuvent relever les coûts a, b, et c de trois projets analogues déjà réalisés par d'autres par le passé, puis prendre la même moyenne M=(a+b+c)/3, comme montant du projet communautaire à entreprendre.

2- De la collecte et de la gestion des fonds nécessaires:

          C'est la phase la plus décisive du projet, celle où l'on enregistre le plus souvent des malversations financières de la part d'un individu ou d'un groupuscule de vampires qui ne visent que leurs intérêts égoïstes, au détriment de ceux de la communauté. Et comme la fortune publique est précieuse, il faut la protéger par des moyens forts, conséquents. Voici quelques étapes utiles à une collecte et une gestion sécurisée de ces fonds.

     a) Recherche des personnes relativement honnêtes.

          Dans chaque village, quartier, canton ou bloc (cela dépend du contexte) , le chef choisit deux ou trois personnes relativement honnêtes. Une honnêteté qui doit plus ou moins être confirmé des autres et non des intéressés eux-mêmes. Il en résulte ainsi un groupe de personnes relativement crédibles, dans la communauté en question.

     b) Passer à l'épreuve du Cadi proprement dit:

          Dans le groupe précédemment constitué des '' hommes  honnêtes'', demander quelles sont les personnes volontaires, prêtes à passer l'épreuve du cadi, dans l'intérêt supérieur de la communauté. Le Cadi en question devrait respecter les modalités suivantes:

- Être public.

- Être aussi transparent que possible. Chaque candidat à l'épreuve pourrait, par exemple, venir le jour-J avec le matériel personnel à lui demandé par les organisateurs du Cadi. Un matériel acheté par lui-même, afin d'éviter des soupçons quelconques de fraude.

- Les mots et les paroles à prononcer par les uns et le autres pour la circonstance, devraient être choisis avec rigueur et être publiés d'avance, afin que tout le monde en prenne conscience déjà.

- La profession de foi pourrait être ainsi libellée pour tous les candidats:

" Moi,..., fils de..., et de...( la Carte Nationale d'Identité faisant foi), déclare aujourd'hui..., publiquement, devant DIEU et les Hommes, ce qui suit:

i) Je m'engage à participer à la collecte  et la gestion des fonds nécessaires au projet ..., et cela en toute honnêteté et transparence, dans le souci du bien être général.

ii) Je m'engage à ne prêter cet argent à aucun tiers, sous quelques conditions que ce soit.

iii) Je m'engage contre tout détournement ou  toute forme de malversation consciente de ma part, vis-à-vis de ces fonds publics.

iv) Je m'engage qu'en cas de vol de cette fortune communautaire, sans complicité quelconque de ma part, je ne suis alors responsable de rien, bien entendu.

v) Je m'engage qu'en cas de manquement à l'une ou l'autre des exigences ci-dessus, et celles-ci uniquement, pendant la réalisation du projet sus-évoqué, QUE JE MEURE PUREMENT ET SIMPLEMENT AU BOUT DE QUELQUES JOURS ET QUE LE PROJET ET LA VIE CONTINUENT.''

          Les précédentes paroles doivent veiller à garantir toute impossibilité à frauder le cadi. Les rétributions des fils du Cadi pourraient être évaluées, même en pourcentage, sur la base du coût total du projet, payable par mois ou par semaine, dépendamment de la durée probable du projet. Sous serment rassurant du Cadi, ceux-ci pourraient se payer le luxe se rémunérer eux-mêmes, même si le peuple dors, sans souci pour son argent.

- Les Maîtres de ce Cadi public doivent bien sûr certifier au préalable , et en public également, de la crédibilité et surtout de la neutralité du rituel, en ces termes-ci:

'' Moi,..., fils de..., et de...(la C.N.I. faisant toujours foi), je déclare  aujourd'hui..., publiquement, devant Dieu et les Hommes, ce qui suit:

     i) Je m'engage à mener avec impartialité cette épreuve de Cadi à laquelle je m'en vais soumettre d'autres concitoyens.

     ii) Je m'engage qu'en cas de vol de cette fortune communautaire, sans complicité quelconque de ma part, je ne suis alors responsable de rien, bien entendu.

     iii) Je m'engage que si jamais je venais à être coupable de la moindre manipulation frauduleuse, avant, pendant, ou après cette épreuve de Cadi d'intérêt social, QUE JE MEURE PUREMENT ET SIMPLEMENT AU BOUT DE QUELQUES JOURS ET QUE LE PROJET ET LA VIE CONTINUENT.''

          Quel que soit le nombre de Maîtres de ce Cadi, tous devront ainsi professer leurs fois, avant de passer les autres au dit rituel.

          Au finish, filmer et publier dans la communauté, les photos et noms de ces courageux récipiendaires de l'onction du peuple. Même si au départ, une telle entreprise peut susciter des craintes après du public, il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours des kamikazes près à démontrer leur intégrité morale, autant qu'il y a des personnes apte à la transparence en toute sérénité, et ce dans toutes les communautés. Sur ces personnes devra se bâtir le nouveau développement de l'Afrique.

     c) De la collecte des fonds, proprement dite:

          Elle devra être faites uniquement et exclusivement par les lauréats issues du Cadi (les fils du Cadi). Aucune intrusion, sous quelque forme que ce soit, ne doit être tolérée à ce stade, afin de garantir toujours une gestion transparente. Les modalités pratiques à cet effet peuvent être les suivantes:

- Les collectes ont lieu chaque dimanche (ou le vendredi, si la majorité est musulmane).

- Installer éventuellement différents postes de collectes, en lieux publics, dans la communauté. Chaque contribuable devant recevoir un reçu de versement à garder soigneusement.

- Chaque habitant actif de la communauté a l'obligation morale de verser une somme minimale (500fcfa ou 1000fcfa, ça dépend du contexte), par semaine.

- Après clôture des collectes dans l'après-midi du dimanche, faire les totaux partiels par poste de collecte, puis rassembler le tout au poste un (01), pour dégager le total général du jour.

- Ce montant général pour la semaine est ainsi inscrit sur les différents tableaux prévus à cet effet, à l'attention du grand public. La nouvelle valeur du compte d'épargne (géré par les personnes ointes du peuple) est aussi inscrite de la même façon.

- La somme collectée est ensuite conduite sous escorte (par des piétons, des motos-taxis ou des véhicules, par exemple), jusqu'au versement à la structure financière choisie par la communauté. Ceci exige donc que l'heure de fermeture des collectes soit arrêtée en conséquence. Les reçus de versements sont ensuite photocopiés, publiés, et particulièrement mis à la disposition des chefs de quartiers ou de blocs. Les originaux restent aux bons soins des fils du Cadi.

- Les collectes se poursuivront ainsi tous les dimanches, pendant la durée nécessaire, jusqu'à l'atteinte du capital fixé pour le projet. Cette durée peut être estimée par calculs simples, en termes de mois ou d'années, par les fils de la communauté. Au fur et à mesure des collectes dominicales, des observateurs doivent veiller contre d'éventuelles failles imprévues, pouvant nuire à l'aboutissement du projet, quitte à ce que cela soit réparé à chaque fois. Cette prudence est de mise, car le diable reste déterminé à nuire au bien-être de l'homme et il faut l'en empêcher.

- Ces collectes, en cas de transparence avérée, peuvent toujours bénéficier de soutiens financiers ou matériels venant de particuliers (Députés, Maires, Élites, etc.), de quelques entreprises ou  de l'État (commune).

          Voilà, enfin, une façon de mettre efficacement la tradition africaine au service du développement des ressources et des hommes, sur le continent. La sanction capitale, ainsi pratiquée dans l'impartialité par des forces naturelles tapies à l'ombre, voilà de quoi enseigner aux hommes la forte réalité de l'intégrité morale, outil fondamental pour un progrès d'ensemble. Si les Responsables de finances, en particuliers, et tous les autres grands gestionnaires de biens publics doivent demain passer obligatoirement par l'épreuve du Cadi national, à condition qu'on le rende aussi transparent que possible, ce pourrait être l'avènement de Dirigeants Africains plus sobres.

           Le Cadi, même si cela peut être dur à avaler pour certains esprits dits modernes, il va falloir que les uns et les autres prennent progressivement conscience de sa nécessité, au vu des limites évidentes (lenteurs, corruptions, dépendance vis-à-vis du politique, responsabilité, etc.) de la justice occidentale, encore en vigueur dans beaucoup de pays. Si au nom de la colonisation, cette dernière avait supplanté la justice traditionnelle, alors il serait visiblement temps qu'elle cède elle-même la place, pour plus d'efficacité juridique, face à certaines grandes questions nationales.

KOM Bernard

Chercheur indépendant,

Secrétaire Général National du Parti de l'Esprit d'Avril 48 (PEA48)

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Commentaires (2)

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